A la découverte de la géologie Cians/Daluis

Au Nord-Ouest du département des Alpes-Maritimes, le Var et son affluent le Cians, ont taillé des gorges profondes et abruptes dans les massifs de pélites rouges permiennes du dôme de Barrot.

Le dôme de Barrot590px-DômedeBarrot168Cz

Situé au sud-ouest du massif cristallin de l’Argentera-Mercantour, le dôme de Barrot est un petit massif montagneux dans lequel les séries permiennes, bien développées, constituent un dôme anticlinal. Autour du dôme, les formations mésozoïques et cénozoïques sont déformées et plissées par l’orogenèse alpine.1024px-DômedeBarrot068

Ces formations permiennes continentales se sont déposées dans un graben en distension, le bassin Argentera-Barrot. Le dôme de Barrot représente l’extrémité sud-ouest de ce bassin.

Ces gorges spectaculaires par leur morphologie et leur couleur confèrent à cette région l’appellation de « Colorado niçois ».

Partons pour un tour vers :

Le Cians prend sa source dans le parc national du Mercantour, au pied du mont Mounier (2817m). Pour rejoindre le Var, il a taillé, dans des pélites rouges permiennes et des calcaires secondaires, des gorges abruptes. En 25 km d’un parcours acrobatique, il descend de 1600 m. Sa force érosive importante est décuplée lors des crues consécutives à la fonte des neiges.

Les gorges supérieures du Cians, de Beuil vers Pra-d’Astier présentent des versants abrupts, déchiquetés bizarrement ou avec de grandes surfaces lisses. La route sinueuse, tantôt borde, tantôt domine de très haut le lit du Cians qui descend par paliers successifs. Les passages les plus beaux sont la « Petite clue* » et la « Grande clue » que l’on découvre à pied en toute tranquillité, en dehors de la route principale. Au plus étroit des gorges, les deux parois opposées ne sont qu’à 1 m l’une de l’autre.24727_PNM[1]point sublime1

Les gorges rouges de Daluis, creusées par le Var dans les pélites rouges permiennes, sur le territoire de la commune de Guillaumes, les gorges du Daluis sont plus imposantes et plus évasées que les gorges du Cians. D’une profondeur saisissante , formant des « canyons » de plus de 300m d’à-pic, elles nous livrent des décors sauvages grandioses.

20160622_163517La clue d’Amen, à la fois spectaculaire et esthétique, entaille le massif de pélites du Dôme de Barrot pour se jeter dans les eaux du Var. Elle nous offre une magnifique cascade visible de la route.

En aval des gorges, en venant de Daluis vers Guillaumes, un bloc de pélites schisteuses rouges affecte la forme d’une tête de femme : c’est la « gardienne des gorges »20160708_180537

Le sentier du Point sublime

Dominant les gorges de Daluis, là où elles sont le plus étroites et le plus spectaculaires, ce sentier court sur le flanc du Dôme de Barrot. Une promenade facile nous fait découvrir  plantes méditerranéennes, cigales, oiseaux, figures sédimentaires fossilisées, vestiges de voies romaines jusqu’au Point Sublime. Ce belvédère nous offre un fabuleux point de vue sur les gorges de Daluis, les cimes et collines du haut-pays et moyen-pays.

Depuis ce site, on y distingue sur l’autre versant du Var, les entrées des anciennes mines de cuivre de Roua

Les Gorges de Daluis, au cours des siècles derniers, ont été exploitées pour leurs gisements de cuivre.

En face du belvédère du point sublime, vers le sud-est cuivre_natifsur la falaise, on peut apercevoir les entrées des anciennes mines de cuivre de Roua. Elles étaient très difficilement accessibles. Les mineurs de l’époque, essentiellement des paysans du canton, devaient, au péril de leur vie, descendre puis remonter avec des échelles et des cordages et travailler de longues journées dans des galeries humides et étroites (Ecomusée de la mine de Léouvé).

Informations complémentaires sur les mines de cuivre de Roua 

Exploitées 2500 ans avant J.C. par les hommes préhistoriques, les mines de Roua ont fourni du cuivre natif riche en arsenic, ce qui lui conférait une plus grande dureté. La dernière tentative d’exploitation eut lieu en 1864 comme en témoigne le village abandonné d’Amen.

Situées sur les communes de Guillaume et de Daluis, face au point sublime, les mines de Roua offrent une grande diversité de minerais.

Outre les métaux à l’état natif (cuivre et, plus accessoirement, argent, or et fer), une soixantaine d’espèces minérales y sont répertoriées, parmi lesquelles sept sont nouvelles pour la chimie (Gilmarite, Radovanite, Rollandite, Rouaite, Théoparacelsite, Tillmannsite, Wallkilldellite-Fe). Ces découvertes récentes soulignent l’intérêt exceptionnel de ces mines et assurent leur statut de haut-lieu de la minéralogie internationale.

Un résumé d’histoire géologique    

 A la fin du Paléozoïque (Ere primaire), il y a environ 250 millions d’années, suite à l’érosion d’un massif cristallin hercynien, aujourd’hui disparu, des sédiments argileux, quartz, paillettes de mica, minéraux riches en fer et cendres volcaniques se sont déposées sur le site du dôme de Barrot qui était alors une plaine inondable. Au fur et à mesure de leur accumulation, ces sédiments se sont enfoncés dans un bassin d’effondrement (un graben en distension, le bassin Argentera-Barrot) où la pression et la chaleur les ont transformés en roches appelés pélites.

Le climat chaud et humide de l’époque provoqua l’oxydation du fer qui colora les sédiments en rouge, en leur donnant une couleur lie-de-vin.

Au Mésozoïque (Ere secondaire), la mer s’installe sur cette couverture pélitique où se déposent de nouveaux sédiments provenant d’un massif situé dans l’actuelle Méditerranée. Après diagénèse, ces sédiments engendreront des calcaires, marnes grises et grès.

Au Cénozoïque (Ere tertiaire), le soulèvement des Alpes fit naître le Dôme de Barrot dont les pélites entaillées par l’action érosive du Var et du Cians sont aujourd’hui visibles sur plusieurs centaines de mètres dans les Gorges du Cians et de Daluis.